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HUGUETTE TOLINGA LOLA, et son hymne au peuple congolais




LA chanteuse HUGUETTE TOLINGA LOLA arrive en force sur la toile avec son nouvel opus AMANI BOMBE. À la fois percussionniste et chanteuse, elle évolue depuis 12 ans à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Elle représente son peuple Mongo à merveille puisqu'elle excelle dans le domaine de la percussion, réservé pourtant aux hommes. AMANI BOMBE cache un sens profond et nous entraine dans un style à part, typique de l'artiste qui se démarque de ce qui se fait habituellement en RDC. Elle signe pour la première fois avec un label, ABU RECORDINGS qui l'accueille... comme une reine.




Huguette, une femme hors du commun


"Il n'est pas nécessaire de ressembler

à toutes les autres et de faire

comme toutes les autres,

pour faire de soi une personne remarquable"


On est loin des clichés de la femme artiste congolaise tirée à quatre épingles, derrière des photos et des vidéos agrémentées de filtres en tout genre. HUGUETTE c'est du brut, à la fois dans sa personnalité et dans son travail. Fière de ses origines mongo, elle n'hésite pas à mettre en valeur ce qui l'a bercée depuis son enfance. Née dans une famille de chanteurs et musiciens, elle a dans le sang, les atouts de sa culture : parole et musique, deux moyens d'expression qui n'ont plus de secret pour les Mongo. Passionnée, elle collectionne les instruments de musique du pays, ngoma (tambours), cloches, cornes... et ceux des pays où elles mènent ses projets artistiques. Mais elle ne s'arrête pas là, toujours en quête de nouveaux sons, elle n'hésite pas à utiliser des objets divers. À Kinshasa, c'est dans la tradition populaire, les sonorités naissent des objets qui se trouvent à portée de main. C'est le cas dans sa chanson AMANI BOMBE dans laquelle se mélangent les sons de différents instruments : un bidon en guise de percussion, un bracelet sur lequel elle frappe, et guitare, trompette, trombone et saxophone se côtoient. Il n'y a pas d'instrument plus noble qu'un autre à Kinshasa, tout est possible et utilisable quand un son est bon, atypique, et donc exceptionnel.

HUGUETTE est une femme, et dans cette mégalopole de 20 millions d'habitants, c'est un combat de tous les jours face à une dominante masculine, parfois machiste et dévalorisante pour les femmes. Elle a fini par apprendre à ne plus se faire avoir et à être plus forte afin de s'imposer. Elle est un modèle pour les jeunes filles, à la fois de persévérance, de confiance en soi, et d'acceptation de soi, "Il n'est pas nécessaire de ressembler à toutes les autres et de faire comme toutes les autres, pour faire de soi une personne remarquable". Son mot d'ordre : s'imposer. Elle suit une ligne de conduite afin de garder le cap, reste sur ses gardes et depuis ses débuts, elle évolue toujours plus loin, toujours plus grand. Elle collabore aujourd'hui avec différentes institutions telles que le GOETHE INSTITUT de Kinshasa, le collectif kinois LABORATOIRE KONTEMPO ou encore la structure PLATEFORME CONTEMPORAINE, STUDIOS KABAKO, elle enchaîne des projets en Italie, Suisse et Allemagne. Enfin, elle est à la tête du Festival JAM BOOM qu'elle a créé malgré les difficultés à trouver les subventions, et grâce auquel elle donne la place aux jeunes à travers des formations de percussion, et rend les scènes accessibles à tous. Désormais, c'est avec le label ABU RECORDINGS qu'elle collabore.





ABU RECORDINGS, un label londonien métissé à la recherche de nouvelles sonorités


IBN ITAKA, Dj et producteur congolais/portoricain vivant aux Etats-Unis fait la rencontre d'HUGUETTE en 2021, peu de temps après la Boiler Room du collectif MOONSHINE à Kinshasa, durant laquelle la percussionniste se fait remarquer. Les deux artistes s'apprécient et très vite une collaboration voit le jour. C'est avec son co-producteur MAREK RAZZOUK, Palestinien évoluant à Londres, qu'ils décident de produire la chanson AMANI BOMBE ainsi que son clip. La maison de production propose différentes versions de la chanson : l'originale principalement diffusée au Congo et enregistrée au studio HUGUEMBO (celui de la chanteuse) ; d'autres versions remixées par IBN ITAKA et WALEED sont déjà en lignes. Le son atypique d'HUGUETTE mêlé à des sonorités électro, house ou encore amapiano prend une dimension nouvelle et permet un métissage musical coloré, que l'on voudrait pour la terre entière. Ainsi différents styles pour différents publics, ABU RECORDINGS fait déjà voyager AMANI BOMBE en Europe, aux Etats-Unis et dans deux autres pays d'Afrique où le milieu musical évolue à grande vitesse : le Nigéria et l'Afrique du Sud. Après Le Caire, c'est Kinshasa qui enchante et envoûte le label londonien persuadé que c'est dans le métissage que grandissent les bonnes vibes.






AMANI BOMBE, une chanson pour le peuple

"C'est à l'intérieur de soi

qu'il faut être bombé !"


Faut-il être kinois pour comprendre la chanson ? Eh bien non ! Tout le Kin' actuel ne connait pas les références faites dans la chanson : le catcheur SIX BOLITES, Bombe...

Focus sur le sens de cette chanson : Le titre fait référence au Langila, cette langue-argot inventée à Kinshasa il y a plusieurs années, et qui donne de nouveaux sens à des mots de divers langues maternelles et étrangères. Ainsi le mot bombé, d'origine française, désignait jadis le sportif arborant de beaux muscles, mais qui possède une solide force mental pour se surpasser dans son activité. Aujourd'hui, le mot a pris un autre sens, il est donné à une drogue fabriquée à base de médicaments et de résidus de pots d'échappement, ici même à Kinshasa, faisant des ravages auprès des jeunes, femmes et hommes confondus. Huguette n'aime pas l'idée que le mot devienne négatif, le parler kinois véhicule de manière générale une joie, des plaisanteries... Comment passe-t-on d'un sens positif à un sens négatif ? La chanteuse y voit une perte de valeur liée à la situation de précarité d'une grande partie de la population.

HUGUETTE fait référence également à SIX BOLITES, un catcheur kinois célèbre qui rappelle ce sportif du passé et elle reprend le chant qui lui était réservé avant ses combats, scandé par les supporters dans les avenues jusqu'au lieu du show afin de le et se fortifier. "Six Bolites ayibi kokoti..." Six Bolites a volé les noix de coco, comment on va le rattraper ?" Alors pourquoi le catcheur a volé les cocos ? on ne sait pas trop, on part sûrement d'un fait qui s'est passé dans le quartier, on garde cela et on en fait un chant qui apporte l'ambiance.

Cette manière d'appréhender les langues et d'en faire un parler kinois avec des références populaires est culturel, et selon la chanteuse, elle doit être cultivée car c'est aussi un moyen d'éduquer, de rassembler les différentes générations pour être compris de tous, comme les proverbes que les anciens utilisaient. Aujourd'hui, cette ambition se perd.

AMANI BOMBE est donc un moyen pour Huguette de dénoncer les travers du pays : manque de travail, substances nocives pour la santé et commercialisées légalement ou illégalement à trop bon prix (drogue et alcool en sachet acheté à 500 frc (25 cents)), perte d'identité culturelle, perte de cette joie qui est pourtant propre au peuple congolais. Ainsi sa chanson se base sur deux mélodies, une première triste dans laquelle on retrouve le mot Amani qui veut dire paix en Swahili, suivie d'une seconde joviale où l'on retrouve le chant de SIX BOLITES pour revenir à la première qui nous plonge dans une sorte de fatalité, un arrêt sur le temps. Les percussions de la fin nous semble être un espoir.

Huguette chante aussi pour la femme, c'est un sujet pour lequel elle ne fera pas d'exception. Ces femmes des quartiers populaires qui ne sont pas considérées malgré leur travail remarquable au sein de la famille, et bien trop souvent non respectées par les hommes.

Ainsi, Huguette chante la paix, une paix qu'elle voudrait "bombée", forte et assise afin que le peuple puisse retrouver sa dignité. Son message : "C'est à l'intérieur de soi qu'il faut être bombé !"






Un premier clip pour HUGUETTE


Là encore loin des vidéos que l'on voit à la TV, le clip raconte une histoire et représente bien la situation que la chanteuse dénonce : un homme porte en lui le léopard, animal emblème de la RDC, il aime son pays mais par sa condition sociale, il n'arrive pas à aller plus loin que sa rue, il est prisionnier d'une vie où drogue et alcool s'achètent pour de modiques sommes. La jeunesse qui cotoie la rue se trouve en proie à ces deux vices. Le gars boit, fume, se perd dans ses hallucinations, il a une famille mais sort et drague d'autres femmes. Au bout du compte, il perd la tête et se fait arrêter par la police, et toute sa dignité s'écroule. On garde un espoir dans cette nouvelle génération encore innocente : le petit garçon se voit comme un grand avec son costume de catcheur, il porte les couleurs du drapeau, les enfants ont la musique avec eux et portent la paix. Pour le clip, Huguette a fait appel à NANU, une artiste kinoise qui lors de performance dans les rues de la capitale, se recouvre de son costume Kwiti Kwiti, qu'elle a fabriqué avec près de 5000 sachets de ce whisky à très bon prix, dénonçant ces ventes d'alcool qui pousse à la consommation. C'est ZALA, structure alternative kinoise pour les arts traditionnels et contemporains de la RDC qui signe la réalisation du clip.




Sur Zala, retrouvez Huguette Tolinga Lola

Reportage - HUGUETTE TOLINGA LOLA

Article : "Etre percussionniste et femme ... en RDC"


Et aussi sur la toile


Lien insta - HUGUETTE TOLINGA LOLA


Lien site - ABU RECORDINGS

Lien insta - ABU RECORDINGS

Texte et photos - © Laetitia Bouzouita




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